La psychothérapie d'orientation analytique : comprendre ce qui nous anime. Découvrez comment ce travail d'exploration collaborative et la méthode de l'association libre permettent de lever le voile sur ce qui nous échappe, afin d'alléger nos souffrances et de clarifier notre désir profond.
Contrairement à une idée répandue, une psychothérapie d'orientation analytique n'est pas une psychanalyse au sens strict. Elle en reprend certains concepts fondamentaux et certains outils, tout en s'enels distinguant par son cadre, sa fréquence et ses objectifs.
Son point de départ est simple : nous ne sommes pas totalement transparents à nous-mêmes. Une partie de notre être nous échappe et si nous arrivons à l'appréhender nous souffrirons moins.
Le cœur de la théorie psychanalytique repose sur le concept d'inconscient. Freud résumait cette découverte par une formule célèbre :
« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. »
Autrement dit, certaines pensées ou certains désirs sont difficiles à reconnaître parce qu'ils entrent en conflit avec l'image que nous avons de nous-mêmes, avec nos valeurs, les attentes des autres ou avec ce que nous sommes capables d'assumer psychiquement. Ils ne disparaissent pourtant pas : ils trouvent d'autres moyens de se manifester.
L'inconscient peut ainsi s'exprimer à travers :
- un lapsus ;
- un rêve ;
- un acte manqué ;
- une ambiguïté de langage ;
- un symptôme ;
- ou parfois le corps lui-même.
- La psychanalyse ne considère pas ces manifestations comme de simples erreurs ou des curiosités. Elles constituent autant de portes d'entrée vers ce qui se joue, souvent à l'insu du sujet.
- Leur sens n'est jamais universel : un même symptôme peut avoir une signification complètement différente d'une personne à une autre. C'est pourquoi le travail analytique ne consiste pas à appliquer un dictionnaire des symboles, mais à comprendre ce que ces manifestations viennent dire dans l'histoire singulière de chacun.
Le désir : ce qui nous met réellement en mouvement
La psychanalyse ne cherche pas seulement à comprendre pourquoi nous souffrons. Elle s'intéresse également à une autre question :
Qu'est-ce que nous désirons vraiment ?
Cette question paraît simple, mais elle est souvent beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.
Nous pouvons poursuivre un métier, une relation ou un projet parce que cela correspond aux attentes de notre entourage, à l'image que nous voulons donner de nous-mêmes ou à ce que nous avons toujours cru vouloir.
Puis, un jour, nous obtenons enfin ce que nous recherchions… et découvrons pourtant un sentiment de vide ou d'insatisfaction.
À l'inverse, nous pouvons nous retrouver attirés par des choix qui s'avèrent mauvais pour nous mais pourtant ne pas arriver à faire autrement, on est pris dans une spirale infernale de mauvaises décisions.
La psychothérapie analytique s'intéresse précisément à cet écart entre ce que nous croyons vouloir et ce qui nous anime profondément.
Elle ne cherche pas à dire au patient ce qu'il devrait désirer, mais à lui permettre de découvrir progressivement ce qui, dans son histoire, ses choix et ses répétitions, révèle son désir propre.
La psychanalyse invite chacun à se demander : Est-ce que la vie que je mène correspond réellement à mon désir, ou à ce que l'on attend de moi ?
En ce sens, la psychanalyse est profondément subversive car elle ne cherche pas à apprendre aux personnes comment elles devraient vivre. Elle ne propose pas un modèle de réussite, de couple, de parentalité ou de bonheur auquel chacun devrait se conformer. Elle remet en question l'idée qu'il existerait une manière "normale" d'être un homme, une femme, un parent, un conjoint ou encore une famille. Elle s'intéresse au sujet singulier, là où notre époque cherche souvent à uniformiser les comportements, à définir ce qui serait normal ou déviant, performant ou dysfonctionnel. L'être humain souffre de ces injonctions, non seulement car elles sont souvent contradictoires mais aussi irréalistes. Le désir n'est pas non plus lla satisfaction immédiate de toutes nos envies. Il ne signifie pas davantage vivre sans limites ni sans frustration. Au contraire, la psychanalyse montre que nous pouvons passer notre vie à rechercher la jouissance immédiate tout en nous éloignant progressivement de ce qui compte réellement pour nous.
Autrement dit, il existe deux manières de s'éloigner de soi :
en voulant être uniquement dans le satisfaction de ses désirs
en renonçant systématiquement à ses désirs pour satisfaire les autres.
2. L'association libre : laisser venir ce qui se présente
Si une partie de nous-mêmes nous échappe, comment peuton alors y accéder ?
La psychanalyse repose sur une méthode fondamentale : l'association libre.
Elle consiste à dire tout ce qui vient à l'esprit, sans chercher à organiser son discours, à être cohérent ou à retenir certaines pensées parce qu'elles paraissent ridicules, honteuses, sans intérêt ou sans rapport avec le sujet.
Cette règle est plus difficile qu'il n'y paraît.
Nous avons naturellement tendance à vouloir raconter notre histoire de façon logique, à sélectionner les éléments importants, à préparer ce que nous allons dire ou à donner une image cohérente de nous-mêmes.
Or, ce qui intéresse la psychanalyse n'est pas seulement ce que nous savons déjà de nous-mêmes, mais aussi ce qui nous échappe. Une hésitation, une digression, un lapsus, un changement de sujet ou une phrase prononcée presque malgré soi peuvent parfois ouvrir une compréhension nouvelle.
Ainsi, un patient peut commencer par parler d'un conflit professionnel, puis se retrouver à évoquer un souvenir d'enfance qui semblait n'avoir aucun lien. Ce détour n'est pas forcément un hors-sujet ; il peut au contraire constituer le fil qui permettra de comprendre autrement ce qui se joue aujourd'hui.
L'association libre permet aussi une expérience particulière : celle d'être surpris par sa propre parole. Il arrive qu'un patient entende soudain une phrase qu'il vient lui-même de prononcer et dise : « Je n'avais jamais vu les choses comme ça. » Ce n'est pas une nouvelle information qui apparaît, mais une nouvelle manière de se rapporter à son histoire.
Beaucoup de personnes pensent qu'elles vont simplement raconter leur semaine. Or, raconter n'est pas encore associer. On peut raconter les mêmes événements pendant des années sans que rien ne change. Associer, c'est accepter qu'un mot, une émotion ou un souvenir nous emmène ailleurs que là où nous pensions aller. C'est souvent dans ce déplacement que quelque chose de nouveau devient possible.
Freud parlait également de résistances. Même avec la meilleure volonté du monde, une partie de nous cherche spontanément à éviter certains souvenirs, certaines émotions ou certains questions. Les résistances ne sont pas des obstacles au travail thérapeutique ; elles en font partie. Elles montrent précisément qu'il existe un conflit entre ce que nous sommes prêts à savoir et ce qui demeure encore difficile à reconnaître.
Comment je travaille
J'adhère à ce principe de l'association libre et je l'utilise dans ma pratique. Mais je ne m'y limite pas.
Si l'inconscient est une dimension essentielle de notre fonctionnement psychique, il n'explique pas tout. Certaines difficultés trouvent aussi leur origine dans la reality présente : une séparation, un conflit professionnel, une situation familiale complexe, un choix à faire... Il me paraît donc important de pouvoir travailler aussi à partir du conscient, des difficultés concrètes et des ressources disponibles ici et maintenant.
Je ne conçois pas non plus la thérapie comme une enquête que le patient devrait mener seul sur son histoire. Je préfère penser ce travail comme une exploration collaborative. Mon rôle n'est pas de livrer des réponses toutes faites, mais de réfléchir avec la personne, de proposer parfois des hypothèses, de mettre en lumière certains liens ou certaines répétitions lorsqu'elles semblent émerger.
Le silence occupe une place importante dans la tradition psychanalytique. Il repose sur l'idée que le sujet est celui qui sait, même s'il ne sait pas encore qu'il sait. Parler trop rapidement à sa place risquerait de lui imposer le regard ou les explications d'un autre.
Mais le silence n'a pas la même fonction pour tout le monde.
Certaines personnes apprécient qu'on leur laisse cet espace ; d'autres s'y sentent abandonnées ou perdues. Certaines préfèrent parler sans être regardées, ce qui explique l'utilisation du divan en psychanalyse : le regard de l'analyste peut parfois détourner l'attention de sa propre parole. D'autres, au contraire, ont besoin de voir leur thérapeute, de sentir sa présence et son soutien.
Je pense que ces choix doivent être adaptés à chaque personne plutôt qu'appliqués de manière systématique.
La même réflexion vaut pour la durée des séances.
En psychanalyse, certains praticiens utilisent ce que l'on appelle la scansion : la séance ne s'arrête pas nécessairement à heure fixe, mais au moment où quelque chose d'important vient d'être formulé. L'idée est qu'il vaut parfois mieux repartir avec une idée forte qu'avec une heure de paroles dont plus rien ne se détache.
Cette pratique peut être très pertinente dans certaines analyses avancées, lorsque le patient a déjà accompli un long travail et qu'il ne s'agit plus tant d'explorer son histoire que d'affiner son rapport à son désir.
Pour ma part, je préfère généralement des séances d'environ quarante-cinq minutes. Ce temps me paraît offrir un bon équilibre : suffisamment long pour laisser le temps à la parole de se déployer et aux résistances de s'assouplir, sans que la séance ne devienne une simple décharge émotionnelle. L'objectif n'est pas seulement de parler ; c'est aussi de repartir avec une idée nouvelle, un lien inattendu, une émotion comprise autrement ou une question qui ouvre une réflexion.
Naturellement, ce cadre reste adaptable. Certaines personnes ont besoin de plus de temps pour entrer dans leur parole, d'autres vont très rapidement à l'essentiel. Comme souvent en psychothérapie, c'est moins la règle qui importe que son ajustement à la personne.